Honoraires d’architecte d’intérieur : forfait, % et marge
Forfait, pourcentage des travaux, taux horaire ou marge sur le mobilier : chaque mode de rémunération a ses risques. Comparatif, formules de calcul et exemple complet.

Un architecte d’intérieur ou un décorateur se rémunère généralement de quatre façons, souvent combinées : un forfait de conception, un pourcentage du montant des travaux, un taux horaire, et une marge sur le mobilier revendu ou prescrit. Il n’existe pas de barème légal : les honoraires sont libres. Le bon choix dépend de la part de votre temps passée en conception, en suivi de chantier et en achats, et du niveau de transparence attendu par vos clients.
Rappel utile en France : le titre d’architecte d’intérieur n’est pas protégé, contrairement à celui d’architecte. Des organisations professionnelles comme le CFAI (Conseil français des architectes d’intérieur) proposent des repères déontologiques et contractuels à leurs membres, mais aucun tarif n’est imposé.
Les quatre modes de rémunération comparés
| Mode | Principe | Avantage | Risque |
|---|---|---|---|
| Forfait | Un prix fixe par mission ou par phase | Lisible pour le client, facile à vendre | Dérive si le périmètre n’est pas cadré |
| Pourcentage | Une part du montant des travaux HT | S’adapte à l’ampleur du projet | Le client y voit une incitation à dépenser |
| Taux horaire | Temps passé × taux | Juste pour les missions floues ou courtes | Plafonne vos revenus, suivi du temps obligatoire |
| Marge sur mobilier | Coefficient appliqué au coût d’achat | Rémunère le temps d’achat et de suivi | Trésorerie, SAV, perception du client |
La plupart des structures combinent un forfait ou un pourcentage pour la conception et le suivi, et une marge ou des honoraires d’achat pour le mobilier. L’essentiel est que chaque part de votre travail soit rémunérée quelque part : la conception, le suivi de chantier, mais aussi le sourcing, les commandes, les relances et le SAV, souvent sous-estimés.
Partir de votre taux horaire cible
Quel que soit le mode affiché au client, raisonnez d’abord en taux horaire interne. Il vous permet de vérifier qu’un forfait ou un pourcentage est rentable. La méthode :
- Additionnez vos charges annuelles : loyer, logiciels, assurances (dont la responsabilité civile professionnelle), comptable, déplacements, cotisations.
- Ajoutez la rémunération nette que vous visez, convertie en coût pour l’entreprise selon votre statut.
- Estimez vos heures réellement facturables : retirez prospection, administratif, formation et congés. Elles représentent souvent bien moins que vos heures travaillées.
- Divisez le total des deux premiers postes par ces heures facturables : c’est votre taux horaire plancher.
- Pour chaque devis, estimez le temps par phase et multipliez par ce taux. Le résultat est votre prix minimum, quel que soit le mode affiché.
Associer un mode de rémunération à chaque phase
Plutôt qu’un mode unique pour toute la mission, beaucoup de professionnels raisonnent phase par phase. Le tableau suivant est une grille de réflexion, pas une norme :
| Phase | Contenu typique | Mode souvent adapté |
|---|---|---|
| Visite conseil | Rendez-vous ponctuel, recommandations orales ou courtes | Forfait fixe ou taux horaire |
| Conception | Relevé, plans, planches d’ambiance, sélection, présentation | Forfait par pièce ou par phase |
| Consultation des entreprises | Descriptif, comparaison des devis | Forfait ou pourcentage des travaux |
| Achats | Commandes, relances, réception, SAV | Coefficient sur achats ou honoraires d’achat |
| Suivi de chantier | Réunions, comptes rendus, réception des travaux | Pourcentage des travaux ou forfait par visite |
Précisez toujours dans le devis le nombre de propositions et d’allers-retours inclus : c’est la première protection contre un forfait qui dérive.
La marge sur le mobilier : coefficient, taux de marge, taux de marque
Quand vous achetez du mobilier pour le revendre à votre client, ou que vous prescrivez avec une remise professionnelle, trois notions se mélangent souvent. Avec PA le prix d’achat HT et PV le prix de vente HT :
- Coefficient = PV ÷ PA. C’est le multiplicateur que vous appliquez au coût.
- Taux de marge = (PV − PA) ÷ PA. La marge rapportée au coût d’achat.
- Taux de marque = (PV − PA) ÷ PV. La marge rapportée au prix de vente, celle que vous lisez dans un récapitulatif.
| Coefficient | Taux de marge | Taux de marque | Sur 1 000 € HT d’achat |
|---|---|---|---|
| 1,10 | 10 % | ≈ 9,1 % | 100 € de marge |
| 1,20 | 20 % | ≈ 16,7 % | 200 € de marge |
| 1,25 | 25 % | 20 % | 250 € de marge |
| 1,33 | ≈ 33 % | ≈ 25 % | 330 € de marge |
| 1,50 | 50 % | ≈ 33,3 % | 500 € de marge |
N’oubliez pas les frais de livraison fournisseur : s’ils ne sont pas refacturés, ils viennent directement en déduction de votre marge. Sur un projet avec dix fournisseurs, l’écart peut être sensible.
Exemple de calcul complet
Prenons un projet fictif, à titre d’exemple de calcul uniquement : rénovation d’un séjour et d’une cuisine, 40 000 € HT de travaux, 15 000 € HT de mobilier et décoration au prix public, une remise professionnelle de 15 % chez les fournisseurs (coût d’achat : 12 750 € HT) et 60 heures de travail estimées.
| Scénario | Conception | Mobilier | Total perçu HT | Taux horaire effectif |
|---|---|---|---|---|
| A. Forfait + revente au prix public | Forfait 4 500 € | Marge 2 250 € (coef. ≈ 1,18) | 6 750 € | 112,50 €/h |
| B. 10 % des travaux + coef. 1,10 | 4 000 € | Marge 1 275 € (client paie 14 025 €) | 5 275 € | ≈ 87,90 €/h |
| C. Taux horaire, remise répercutée | 60 h × 75 € = 4 500 € | 0 € (client paie 12 750 €) | 4 500 € | 75 €/h |
Trois lectures de cet exemple. D’abord, le scénario C est le plus transparent mais ne rémunère le temps d’achat que s’il est bien compté dans les 60 heures. Ensuite, le scénario A rapporte le plus, mais suppose que vous portiez les commandes, la trésorerie et le SAV : ce temps doit être réellement prévu. Enfin, le scénario B rassure le client sur le prix du mobilier tout en couvrant une partie du travail d’achat.

Transparence : ce que vous montrez au client
La question de la marge sur le mobilier est surtout une question de confiance. Deux modèles cohérents existent :
- Revente au prix de vente affiché : le client voit un prix par produit, vous conservez tout ou partie de la remise. C’est un modèle courant, à condition de l’annoncer dans le contrat.
- Prescription transparente : le client voit le prix public et la remise, qui lui est répercutée, et vous facturez des honoraires d’achat à part (forfait ou pourcentage du montant acheté).
Ce qu’il faut éviter, c’est le flou : une commission perçue auprès d’un fournisseur sans que le client en soit informé fragilise la relation dès qu’il compare les prix en ligne. Écrivez noir sur blanc dans votre contrat votre mode de rémunération sur les achats.
Côté outil, l’espace client de Phasen permet de choisir ce que le client voit : prix, fournisseurs, liens produits. Vous pouvez aussi lui proposer des alternatives avec l’écart de prix affiché.
Le cadre contractuel et fiscal à vérifier
- Contrat ou devis écrit détaillant les phases, le nombre de propositions et de révisions incluses, le mode de rémunération sur les achats et les conditions de paiement. Avec un client particulier, les règles d’information du consommateur s’appliquent.
- Échéancier : acompte à la signature, puis paiement par phase. Pour le mobilier revendu, demandez un acompte avant de commander.
- TVA : honoraires et ventes de mobilier sont en principe soumis au taux normal. En franchise en base, la mention « TVA non applicable, art. 293 B du CGI » figure sur vos factures.
- Activité mixte : l’achat-revente de mobilier et la prestation de services ne relèvent pas des mêmes règles, notamment en micro-entreprise. Faites valider votre organisation par votre expert-comptable.
- Assurances : vérifiez que votre responsabilité civile professionnelle couvre bien les missions proposées, en particulier si vous intervenez sur des travaux.
Suivre sa marge pendant le projet, pas après
Une marge se perd rarement d’un coup : elle s’érode par petites touches. Une alternative moins chère acceptée sans recalcul, des frais de livraison oubliés, un fournisseur dont la remise a changé. Pour l’éviter, la marge doit être visible à chaque modification de la sélection, dans le même outil que la liste d’achat. C’est le principe du chiffrage dans Phasen : remise et livraison saisies une fois par fournisseur, marge globale du projet affichée en direct face au budget cible.
Enfin, la façon dont vous présentez le budget influence directement son acceptation : notre guide de la présentation client détaille comment montrer le budget par pièce sans ouvrir un débat ligne à ligne. Les formules de Phasen, du Free au Studio, sont détaillées sur la page tarifs.
Questions fréquentes
Comment un architecte d’intérieur fixe-t-il ses honoraires ?
Les honoraires sont libres. Ils prennent la forme d’un forfait, d’un pourcentage du montant des travaux, d’un taux horaire, ou d’une combinaison, souvent complétée par une marge ou des honoraires sur les achats de mobilier. Le point de départ reste le taux horaire nécessaire pour couvrir charges et rémunération.
Quelle marge un décorateur prend-il sur le mobilier ?
Il n’existe pas de taux standard : la marge dépend du modèle choisi, de la remise obtenue auprès du fournisseur et du temps consacré aux commandes et au SAV. L’important est de l’annoncer dans le contrat et de distinguer coefficient, taux de marge et taux de marque dans vos calculs.
Quelle différence entre taux de marge et taux de marque ?
Le taux de marge rapporte la marge au prix d’achat, le taux de marque la rapporte au prix de vente. Un coefficient de 1,25 correspond à un taux de marge de 25 % mais à un taux de marque de 20 %.
Le titre d’architecte d’intérieur est-il protégé en France ?
Non, contrairement au titre d’architecte. Des organisations professionnelles comme le CFAI proposent des repères déontologiques à leurs membres, mais il n’existe ni ordre ni barème d’honoraires obligatoire.
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